Eco-furieuse
Mardi 23 juin 2026.
5h du matin.
Relevé de température :
- 27° dans notre chambre
- 26,9° dans celle de notre fille. Une température indéterminée mais du même niveau dans celle de notre fils.
- Déjà 24° dehors (ou plutôt encore 24°… la température part de tellement haut la journée que cela a dû mal à descendre sous la vingtaine de degré).
- Et 24° pour notre rez de chaussée.
Cela fait déjà 4 jours qu’on vit en France la canicule la plus exceptionnelle depuis le début de l’existence des relevés de températures en 1947. 43° prévus dans le Sud-Ouest aujourd’hui. Des records de températures ont été battus un peu partout en France, à plusieurs reprises ces derniers jours, des records pour un mois de juin, mais des records absolus également. Alors même qu’on avait déjà battus des records pour un mois de mai, il y a moins d’un mois.
Mes journées démarrent quand je me lève exprès pour tout ouvrir dans la maison. On ne peut même pas dormir les fenêtres ouvertes, quand nous nous couchons, vers 23h, il fait encore plus chaud dehors que dedans. Hors de question donc d’ouvrir les fenêtres en grand en rejoignant notre lit. Alors avant de me coucher, je regarde les prévisions heure par heure… et généralement les heures les plus fraîches en ce mois de juin sont celles entre 5h et 8h du matin. Alors je mets mon réveil à 5h.
5h, le réveil sonne, je me lève, la tête dans le c… je vérifie les thermomètres intérieurs et extérieurs et si la température a suffisamment baissé j’ouvre… quasiment tout ! Porte d’entrée, fenêtres. Depuis quatre étés que nous vivons dans la maison, ou nous avons vécu chaque été des épisodes de canicules, je connais maintenant les bonnes combinaisons pour faire les bons courants d’air dans notre maison biscornue. Je deviens une experte en thermo-dynamique de ma maison ! J’oriente les ventilateurs de manière à évacuer la chaleur dehors… Je referme les moustiquaires, je bloque les portes pour qu’elles ne claquent pas, tout cela en essayant de ne réveiller personne, et … toujours les yeux à demi réveillés, je vais me recoucher, en espérant retrouver le sommeil. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Je dormouille (verbe de mon invention signifiant que je dors pas tranche de vingt minutes, et que je me réveille suffisamment entre chaque tranche pour regarder l’heure sur mon réveil et prendre conscience que je n’ai dormi que vingt minutes.)
Notre maison, une vieille limousine de plus de trois siècles, avec ses murs très épais et ces petites fenêtres nous permet de bien résister à la chaleur. En jouant sur l’ouverture matinale des fenêtres, la fermeture des volets plein sud dès que le soleil donne sur la façade, les couvertures de survie ou blanc de Meudon sur les fenêtres sans volet, nous arrivons à rester entre 22° et 25° au rez de chaussée, et ne dépassons pas les 29° dans les chambres. Quand il fait 40°C dehors, c’est très confortable ! Presque trop froid !
Nous avons une piscine. Nous avons plus de chambres que d’habitants, nous permettant si nous le souhaitons, de dormir ou dans une chambre d’amis au rez de chaussée, plus fraîche, ou d’installer des matelas dans le salon… Nous sommes donc des grands privilégiés climatiques. Alors à l’éco-anxiété, s’ajoute un sentiment de culpabilité. Celui généré par un sentiment fort d’injustice climatique durant ces périodes. Je pense aux personnes qui habitent des touts petits appartements, en pleine ville, sans volets, très mal isolés, dans les derniers étages, avec la chaleur de tous les autres logement qui monte.
Depuis quelques jours, le groupe whatsapp familial clignote de toute part : nous nous partageons nos photos de thermomètre, partageons nos astuces pour rafraichir nos maisons, pour mieux dormir… Mes parents vivent dans une maison construite dans les années 80, ils maintiennent difficilement la température du rdc sous les 30°C, et ils dorment dans des chambres à 32/33°… Alors qu’ils ont plus de soixante ans. Cela m’inquiète. Ils sont plutôt en bonne santé et une de mes soeurs n’est pas loin. Mais eux aussi vivent volets et fenêtre fermés, dans une maison des années 70 avec des chambres sous des combles. Même type de températures relevés chez eux.
Comme mes neveux sont collégiens, et ma soeur enseignante : ils sont déjà en vacances forcées puisque les établissements ont fermé plus tôt… , je propose qu’ils descendent à la campagne, pour retrouver un peu de fraicheur et pour profiter de la piscine et de la maison à 24°C. Ils ne le feront pas – pour le moment.
Depuis hier des écoles ferment, ce week-end un certains nombres d’événements ont été annulés. Les parents se retrouvent à devoir garder les enfants au chaud, chez eux, et à télé-travailler en même temps. Ma seconde soeur se retrouve à devoir gérer ses rendez-vous de consultation en ligne avec sa casquette de maman d’enfants privés d’école et enfermés au frais chez eux. Une galère qui nous rappelle le Covid. Je devrais transformer la rubrique de ces articles “Journal de fluctuation” en référence aux fluctuations que notre monde incertain et instable a connu par le passé et va connaître de plus en plus souvent dans les décennies à venir.
Les messages du gouvernement et des médias sont au choix culpabilisants : “la climatisation participe au réchauffement des rues et quartiers” ou font porter la responsabilité de la sécurité et de la santé sur les individus “buvez, essayer de vous rendre dans des endroits frais une fois par jour, mouillez-vous, fermez vos volets…” Alors que le gouvernement a été jugé en 2021 pour inaction climatique, que les budgets dédiés à la transition écologique fondent aussi vite que la banquise depuis dix ans… Et que rien de tout ce qui nous arrive n’est la faute des individus, mais bien de politiques publiques et de lobbying de l’industrie pétrolière et du système capitaliste, véritable religion du “toujours plus”.
Les débats sont lunaires : complètement en deça des enjeux. On ne parle ni débétonisation, ni re-végétalisation, on ne parle pas d’adaptation des horaires, de repenser le travail…
Le week-end dernier c’est l’anxiété qui a prédominé. Et des tas de questions :
- Comment on va pouvoir vivre cela durant des périodes sans doute de plus en plus longues… chaque été voire comme cette année de plus en plus tôt ?
- Comment nos enfants vont vivre ? Ou plutot survivre ?
- Et le Vivant ?
- Et comment l’économie va tenir sur le long terme ?
- Sommes nous condamner à nous adapter à des records de plus en plus chauds ?
- L’état va t-il enfin prendre ses responsabilités ? (Il semblerait que ce soit pas pour tout de suite…)
Et après l’anxiété de ces derniers jours c’est la colère qui prédomine. Ce que le média Bon Pote a inventé le terme “éco-furieux.se”. Et que j’ai de suite adopté.
Furieuse contre l’inaction gouvernementale et du politique en général
Furieuse contre les compagnie aériennes qui profitent des défaillances ferroviaires pour vanter les avantages de l’avion, celui-là même en partie responsable des émissions de Co2 dans l’atmosphère.
Furieuse contre les milliardaires qui crament la planète par les deux bouts, et qui veulent prendre le pouvoir en prenant le contrôle des récits : ils financent les médias mainstream privés, certaines écoles de journalisme, les réseaux sociaux et grandes boîtes d’IA… et ils circulent en jets privés d’un continent à l’autre.
Furieuse contre les pays qui ne font plus rien en matière climatique. Furieuse contre nos gouvernements qui ne font rien et pire continue de promouvoir des lois qui ne prennent pas soin du Vivant, ne prennent pas en compte ces transformations à venir…
Il y a l’approche du centre et de droite où c’est aux individus de faire des efforts, de s’adapter, de moins consommer, de changer de logement, de faire des travaux, d’assurer la charge des enfants pendant les canicules et les fermetures d’école, dans un système où la performance et la croissance sont érigées en idéal de société (mais va être performant quand tu dois gérer la chaleur chez toi, les nuits compliquées et tes enfants dans les parages) et l’approche de gauche où il faut repenser le système économique et le projet de société… pour qu’on puisse collectivement mieux vivre le changement climatique sans aggraver le mécanismes des inégalités économiques avec des inégalités climatiques – car il y a clairement des inégalités climatiques qui se creusent… à ce niveau ce n’est plus qu’une question écologique… c’est trop tard. Si l’on veut vraiment agir et transformer les choses, au moins dans notre capacité à faire face à ce genre d’épisode (puisque nous ne sommes pas les seuls sur cette planète), c’est au niveau collectif et sociétal que cela se joue.
Mais on est pas sorti des ronces, alors que je boucle l’écriture de ce billet, la chaine d’info continue sur laquelle je tombe en ouvrant ma télévision titre sur son bandeau “Climatiser la France : le chantier du siècle ?”.
Nos médias, notre gouvernement sont vraiment en dessous de tout par rapport aux enjeux !

